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Portrait de Cat-modératrice

Est-ce Jésus qui me parle ?

Article du blog: 

Petite mise au point concernant les signes de Dieu et les révélations

Temps de lecture estimé : 5 min.

Jésus est notre Dieu. Il est infiniment libre, mais il ne sait utiliser sa liberté que pour notre bien, notre bonheur. Et il n'y a pas d'arbitraire en lui, il ne renie jamais sa propre parole.

Le but de la vie humaine est la communion d'amour avec Dieu et avec les autres êtres humains.

Pour nous conduire vers la réalisation de ce but, Dieu nous parle.

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ;
mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes.
(Hébreux 1, 1-2)

Le Fils, par lequel le Père nous parle désormais, nous communique sa Parole (c'est-à-dire son être) de bien des façons. Il nous parle par sa vie, par les auteurs bibliques, par l'Église qui est son propre Corps, par sa manifestation dans nos vies, par les personnes qu'il met sur notre route, par nos supérieurs hiérarchiques, par nos prêtres, par nos papes, par des inspirations, des motions, pourquoi pas des visions...

Seulement, Jésus n'est pas le seul à nous parler. Comme l'a si bien théorisé saint Ignace de Loyola, notre propre esprit humain (nos humeurs et notre imagination) nous parle, et l'ennemi, le diable, nous parle aussi, si possible en se faisant passer pour un ange de lumière et un esprit de vérité.

Il y a bien des façons de croire que Jésus nous parle, alors que nous nous parlons à nous-mêmes, ou bien que le démon essaie de nous influencer. Par exemple, la Bible elle-même, qui est incontestablement la Parole de Dieu, peut être interprétée en totale opposition avec ce que Dieu a voulu nous dire.

Alors comment s'y retrouver ? Comment y voir clair si Jésus me parle par plusieurs de ces canaux mais de manière contradictoire ?

L'Église catholique nous enseigne que nous devons distinguer la Révélation publique et les révélations privées.

La Révélation publique est complète et définitive. C'est la Parole de Dieu, le Verbe fait chair : Jésus Christ, qui se fait connaître à travers l'Écriture sainte, reçue dans la Tradition, à travers l'interprétation du magistère de l'Église (le magistère de l'Église est l'enseignement officiel des évêques et du pape).

Cette Révélation est complète, mais nous n'avons pas fini de progresser dans sa compréhension. Nous pourrons toujours trouver de meilleures manières, ou des manières plus adaptée à telle époque et telle société, d'en formuler les mystères.

Les révélations privées sont des communications surnaturelles, sous différents modes possibles, de Dieu à certains de ses fidèles, pour les aider et aider leurs frères à vivre plus pleinement leur foi, ou à l'exprimer d'une manière particulière, adaptée à telle ou telle circonstance.

Voici ce que dit le Catéchisme de l'Église Catholique au sujet des révélations privées (n°67) :

Au fil des siècles il y a eu des révélations dites « privées », dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas d’ « améliorer » ou de « compléter » la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire. Guidé par le Magistère de l’Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l’Église.

La foi chrétienne ne peut pas accepter des « révélations » qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l’achèvement.

Les nombreux mystiques canonisés qui, dans l'histoire de l'Église, ont été « favorisés » par ce genre de révélations, nous ont donné des critères de discernement sûrs pour savoir quand accueillir une révélation privée.

La Congrégation pour la Doctrine de la foi, instance du magistère de l'Église ayant une très haute autorité, nous confirme ces critères dans les trois documents suivants :
Normes procédurales pour le discernement des apparitions ou révélations présumées 
Normes procédurales pour le discernement des apparitions ou révélations présumées : note préliminaire 
Le message de Fatima
 

Critère de l’obéissance

L’un des critères principaux, pour le discernement de la véracité des révélations privées, est celui de l’obéissance : l’obéissance de la personne qui apparaît dans la vision ou qui parle dans la révélation (Dieu, un saint…), comme l’obéissance de celui qui reçoit cette révélation.
 

- Obéissance à la révélation publique

Jamais Dieu ne donnera en privé une révélation qui ira à l’encontre de ce qu’il nous a dit dans la Révélation publique. Une révélation privée authentique ne peut donc jamais être en contradiction avec les Écritures ni avec leur interprétation par le Magistère de l’Église catholique. Une révélation n’ira jamais à l’encontre d’un dogme.
 

- Obéissance à l’autorité de l’Église

Une révélation authentique ne demandera jamais à celui à qui elle s’adresse de commettre un acte de désobéissance envers ce que l’Église catholique demande à ses membres.
 

- Obéissance au supérieur direct

De nombreux saints mystiques nous ont donné l’exemple de l’obéissance envers leurs responsables directs, supérieurs religieux, évêques. Il est souvent arrivé que des révélations transmettent des demandes de Dieu à des saints, que leurs supérieurs n’ont pas voulu suivre. Dans ces cas-là, Dieu qui leur parlait leur a toujours dit d’obéir à leur supérieur, et de patienter jusqu’à ce que leur supérieur devienne réceptif, par la grâce de Dieu. 
 

- Obéissance au directeur spirituel

Saint Ignace de Loyola nous explique combien la frontière est fine entre une vraie inspiration, une inspiration du diable ou de notre propre imagination. Le mystique qui se fierait à son seul discernement, pour être sûr que c’est Dieu qui lui parle, serait bien présomptueux. Celui-ci se croirait donc meilleur spécialiste de l’Esprit Saint que sainte Thérèse d’Avila ou sainte Gertrude d’Helfta !

Il est bon pour tout chrétien d’avoir un accompagnateur spirituel, mais pour celui qui reçoit des messages divins, c’est indispensable. Tous les grands mystiques ont montré l’exemple de l’obéissance à leur directeur spirituel en toutes les démarches que celui-ci faisait pour éprouver la véracité de leurs révélations.

Si quelqu’un est trop attaché à une révélation pour accepter qu’un directeur spirituel la mette à l’épreuve, par exemple en lui demandant de faire, pendant un temps, autre chose que ce que préconise la voix ou la vision, en lui demandant de ne pas répondre quand elle lui parle, etc., celui qui n’est pas prêt à accepter cette mise à l’épreuve, est bien loin d’avoir le détachement que Dieu demande habituellement à ceux qu’il favorise de telles révélations.

Toutes les fois où des mystiques, ayant reçu des révélations, ont obéi à leur directeur spirituel, qui leur demandait de ne pas adresser la parole à Jésus lors d'une apparition ou révélation, ceux-ci ont toujours reçu des félicitations de la part de Celui-ci, pour leur obéissance.
 

Le critère de la liberté

On ne peut pas soupçonne saint Jean de la Croix de scepticisme, étant donnés tous les phénomènes spirituels qu'il avait lui-même expérimentés, et ceux que lui avait confiés sainte Thérèse d'Avila. Pourtant, il attire l'attention sur les dangers de l'attachement aux visions ou autres révélations surnaturelles privé

Il nous enseigne que si ces révélations, qu'elles soient vraies ou fausses, nous détournent de l'attachement au seul Seigneur Jésus Christ, et de la foi en la seule Révélation publique, alors ces révélations, mêmes authentiques, sont néfastes pour notre vie spirituelle, et nous éloignent de Jésus plus qu'elle ne nous en rapprochent.

Dans La montée du Carmel, il cite saint Pierre lui-même, qui refuse d'attacher de l'importance à la vision reçue au Mont Thabor (Transfiguration) :

Encore que saint Pierre fût si certain de la vision de gloire qu'il vit en la transfiguration du Christ - après l'avoir racontée aux fidèles en sa deuxième Épître canonique - il ne voulut pas qu'ils la prissent comme principal et ferme témoignage, mais les acheminant à la foi, il dit : Nous avons un témoignage plus sûr (que cette vision du Thabor) dans les dires et paroles des prophètes qui témoignent du Christ, auxquels vous faites bien de vous arrêter comme à la lampe qui éclaire en un lieu obscur (2P 1,19). Si nous considérons cette comparaison, nous y trouverons la doctrine que nous enseignons. Car, dire que nous regardions la foi annoncée par les prophètes comme la chandelle qui luit en ténèbres, c'est nous avertir de demeurer en obscurité, les yeux clos à toutes ces autres lumières, et qu'en cette ténèbre, seule la foi - laquelle aussi est obscure - soit la lumière où nous nous appuyions. 
 

Normalement, une révélation, une apparition, une inspiration, un signe de Dieu, ne devrait jamais être l'élément sur lequel nous nous appuyons pour prendre une décision.

Ces signes de Dieu peuvent être le déclencheur d'une prise de conscience et ils peuvent être des encouragements à persévérer dans une certaine direction, mais il faut que d'autres éléments majeurs nous poussent à aller dans cette direction.

Jamais Dieu ne nous inspirera d'agir en dépit du bon sens (agir avec audace n'est pas agir en dépit du bon sens). Jamais Dieu ne nous révélera notre vocation à travers une vision : quelque chose d'aussi fondamental doit être reçu de l'intérieur.

Sainte Teresa de Calcutta avait été informée, par la voix de Jésus, de son désir qu'elle fonde les Missionnaires de la Charité. Mais ce n'est pas à cause de ces révélations que l'évêque a fini par lui donner l'autorisation. C'est du fait du sérieux et de la profondeur de la vie spirituelle de Mère Teresa, de sa capacité naturelle à diriger, à faire face aux difficultés avec courage et sagesse. C'est parce qu'elle a proposé un projet qui tenait la route, répondant à un besoin réel, auquel ne répondaient pas les communautés déjà existantes. C'est aussi parce que plusieurs jeunes femmes étaient déjà candidates pour cette aventure.

Mère Teresa elle-même disait que peu lui importaient ces voix : elle garderait le même désir de fonder cette communauté, pour consoler le cœur de Jésus de la détresse des pauvres abandonnés, si les voix s'avéraient fausses. Et si l'évêque refusait définitivement, elle en concluerait que Dieu ne voulait pas cette fondation.

Par ailleurs, alors que Jésus lui avait indiqué le lieu qu'il souhaitait pour le noviciat, Mère Teresa avait transmis cette demande à l'évêque, tout en lui disant que s'il n'était pas possible d'avoir le Saint-Sacrement à cet endroit, elle aimerait qu'il lui en donne un autre.
 

Attention aux mélanges !

Souvent, Dieu nous parle vraiment, d'une manière ou d'une autre, et nous nous empressons de compléter ce qu'il nous dit : d'en tirer des conclusions bien humaines.

Si Dieu dit à une jeune femme : « Va à Paris dans la Chapelle de la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac », cela veut dire qu'il lui demande de faire un pèlerinage. Quant à savoir s'il veut qu'elle devienne Fille de la Charité, c'est dans son cœur à elle, dans ses désirs profonds, qu'elle trouvera la réponse, pas dans cette parole.

Combien de chrétiens prennent des décisions précipitées en s'appuyant sur ce qu'ils interprètent comme un signe, ou en tirant des conclusions injustifiées d'un vrai signe !

Le jour où sainte Jeanne de Chantal fonda la Visitation avec saint François de Sales, elle lui demanda ce qu'ils fairaient s'ils n'arrivaient pas à surmonter tel obstacle. Il lui répondit : « Ce ne serait pas grave, cela voudrait juste dire que Dieu voulait que nous fondions la Visitation pour un seul jour. » Mais nous refusons souvent d'accepter que Dieu ne nous montre la direction que pour aujourd'hui.

Les apôtres l'ont expérimenté, eux qui avaient bien reconnu que Dieu leur parlait. Mais quand Celui qui leur parlait est mort sur la Croix, la plupart d'entre eux en ont déduit qu'ils avaient fait une erreur de discernement en écoutant sa Voix. Pour eux, avoir le Messie parmi eux impliquait forcément, logiquement, que Dieu veuille enfin leur donner la victoire contre leurs ennemis terrestre, comme Il le faisait dans l'Ancien Testament.

Ainsi, les Normes procédurales pour le discernement des apparitions et révélations présumées envisagent la possibilité qu'une erreur doctrinale dans une apparition, ou autre révélation, puisse être due à un ajout inconscient de l'imagination, et non à une révélation entièrement fausse. Dans la liste des critères négatifs indiquant la fausseté d'une révélation, ils précisent :

b. Erreurs doctrinales attribuées à Dieu lui-même, à la Bienheureuse Vierge Marie ou à un saint dans leurs manifestations, compte tenu toutefois de la possibilité que le sujet ait ajouté – même inconsciemment – des éléments purement humains, voire quelque erreur d’ordre naturel, à une révélation vraiment surnaturelle (cf. saint Ignace, Exercices, n°336).

 

Pour conclure, citons saint Paul :

N'éteignez pas l'Esprit,  ne dépréciez pas les dons de prophétie, mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le. (1Th 5, 19-21)

 

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