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Euthanasie en France : « Qu'ils prouvent que la vie de leur fils a du sens »

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Temps de lecture estimé : 4 min 30

J’avais déjà entendu de nombreux témoignages de proches ou de soignants, concernant des personnes âgées ou handicapées qui avaient été tuées par injection en secret, sans l’accord des proches, ou avec seulement l’accord verbal d’un membre de la famille.

Mais c’est au grand jour que Vincent Lambert se voit dénier le droit de vivre.

Jean Leonetti, dont la loi porte le nom - Photo ZielLa loi Leonetti autorise à utiliser des médicaments soulageant la douleur, même s’ils risquent d’abréger la vie d’un patient en fin de vie, et elle autorise à arrêter un traitement qui « prolonge artificiellement » la vie quand il n’y a pas d’amélioration possible. Elle autorise aussi les patients à refuser tout traitement s’ils le souhaitent.

Au nom de cette loi, il est aujourd’hui accepté que des médecins cessent d’alimenter certains patients qui ne sont pas en fin de vie, mais très handicapés, sans amélioration envisagée. Cette pratique, qui ne correspond pourtant pas à ce que demande la loi, puisque l’alimentation n’est pas un traitement, est aujourd’hui complètement admise en France. C’est une mort très douloureuse que la mort de faim, mais cela permet de contourner l’interdiction de l’euthanasie.

Vincent Lambert a été victime d’un accident de voiture à 32 ans. D’après le Figaro : « Ses fonctions vitales ne sont pas atteintes, il ne nécessite pas de traitement médical, il respire seul mais mange artificiellement, par sonde gastrique, et ne répond pas aux stimulations. » ; « Il n'est pas en mort cérébrale, il est comme vous et moi en apparence, il s'endort et se réveille, sourit et pleure parfois, cligne les yeux au son d'un bruit, explique le Dr Éric Kariger, chef du pôle gérontologie du CHU de Reims, médecin qui a engagé le processus d'euthanasie. Il est capable d'un certain nombre de réponses réflexes mais n'a pas de capacité vraiment fiable à trouver un mode de communication. »

En avril dernier, le processus d’euthanasie par privation de nourriture avait déjà été déclenché pour Vincent, sans que ses parents en soient prévenus. Les médecins avaient l’accord de l’épouse. Une fois au courant, les parents avaient réussi à faire arrêter le processus à temps.

Aujourd’hui, l’équipe médicale espère pouvoir relancer le processus d’euthanasie, contre la volonté des parents. Ceux-ci ont été prévenus, car c’est le fait de ne pas avoir été mis au courant qui leur avait permis de faire stopper le processus la fois précédente.

Les médecins estiment que la vie de Vincent ne vaut pas la peine d’être vécue : « Il n'y a plus d'espérance qu'il recouvre une vie relationnelle normale. Si les parents trouvent du sens à cette existence, qu'ils apportent les preuves ! » déclare le Dr Kariger. L’auteur de l’article du Figaro estime aussi que le jeune homme est « prisonnier de son corps ».

Aujourd’hui en France, il est donc possible de mettre fin à la vie d’un patient sans son accord, et contre la volonté de ses parents. Cet homme est encore capable de sourire et de pleurer, mais pour garder la vie, il doit prouver qu’elle a un sens. Ce n’est certes pas le principal intéressé qui va pouvoir en fournir la preuve officielle au médecin.

MorphineOn nous affirme souvent qu’une légalisation de l’euthanasie permettra aux personnes qui souffrent un martyr et qui n’en peuvent plus, d’être définitivement libérées de leurs souffrances. Pourtant, déjà aujourd’hui, de nombreux soignants témoignent que beaucoup de maisons de retraite font de la place en supprimant les personnes âgées qui n’ont plus toute leurs facultés mentales — j’ai, entre autres, reçu le témoignage d’une amie infirmière qui a dû démissionner de deux maisons de retraite pour ne pas être obligée d’injecter des doses mortelles de morphine à des personnes en état de communiquer, qui n’avaient pas exprimé la volonté de mourir, et qui ne souffraient pas spécialement, ni physiquement ni psychologiquement. On accepte aussi que des parents d’enfants très handicapés les suppriment, en les déclarant coupables, mais sans les punir. Bien d’autres pratiques semblables sont aujourd’hui tolérées en France.

Ces pratiquent supposent que certaines vies valent la peine d’être vécues et d’autres non, et qu’il est possible d’en décider à la place des personnes intéressées.
Les témoignages qui sont utilisés pour inciter à la légalisation de l’euthanasie sont soit ceux de personnes qui souffrent énormément physiquement et qui n’en peuvent plus, soit ceux de personnes diminuées physiquement par la maladie ou le handicap, et qui déclarent vouloir mourir « pour ne pas être un poids pour les autres ».

Dans ce deuxième cas, il s’agit encore du présupposé que toutes les vies n’ont pas la même valeur, et que prendre soin des plus faibles est une perte de temps et d’argent. Quelqu’un qui déclare : « Laissez-moi mourir, je ne veux pas être un poids pour vous ! » espère-t-il entendre : « D’accord, pas de problème, on va te faire mourir. » ou : « Non, tu n’es pas un poids, ta vie vaux la peine que je prenne le temps et les moyens de m’occuper de toi. »
Les militants pour l’euthanasie affirment qu’il est plus conforme à la dignité de la personne d’obéir à la lettre à son premier mouvement, et que lui dire « Non, tu n’es pas un poids pour moi, je suis heureux de m’occuper de toi » est une atteinte à sa dignité, parce que cela suppose que la personne attend autre chose que ce qu’elle dit au départ, et, d’après eux, cela nie la valeur de leur parole. C’est donc, d’après eux, une agression et une atteinte à la dignité que d’essayer de convaincre une personne qu’on l’aime assez pour que sa vie ne soit pas un poids à nos yeux.

À la lecture de l’article du Figaro sur la situation de Vincent, on peut donc très sérieusement s’inquiété sur ce que seront les conséquences d’une légalisation d’une « exception d’euthanasie » en France.

 
Chambre d'une unité de soins intensifs - Photo Norbert Kaiser
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