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Jeudi Saint, Vendredi Saint : existe-t-il une sainte tristesse ?

Portrait de Cat-modératrice
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Temps de lecture estimé : 5 min
 

Et prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse. Alors il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi. » Étant allé un peu plus loin, il tomba face contre terre en faisant cette prière : « Mon Père, s'il est possible, que  cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. » (Mt 26 37-39)


Le pape François, lors de son homélie du jour des Rameaux 2013, nous a exhortés à ne jamais être tristes :

Pape François, photo Casa Rosada, presidencia.gov.arEt c’est la première parole que je voudrais vous dire : joie ! Ne soyez jamais des hommes et des femmes tristes : un chrétien ne peut jamais l’être ! Ne vous laissez jamais prendre par le découragement ! Notre joie n’est pas une joie qui naît du fait de posséder de nombreuses choses, mais elle naît du fait d’avoir rencontré une Personne : Jésus, qui est parmi nous ; elle naît du fait de savoir qu’avec lui nous ne sommes jamais seuls, même dans les moments difficiles, même quand le chemin de la vie se heurte à des problèmes et à des obstacles qui semblent insurmontables, et il y en a tant !

Et sur la croix Jésus sent tout le poids du mal et avec la force de l’amour de Dieu le vainc, le défait dans sa résurrection. C’est le bien que Jésus fait à nous tous sur le trône de la Croix. La croix du Christ embrassée avec amour ne porte pas à la tristesse, mais à la joie, à la joie d’être sauvés et de faire un tout petit peu ce qu’il a fait le jour de sa mort !


Ces paroles sont-elles en contradiction avec celles que Jésus lui-même a prononcées le soir du Jeudi Saint ? Jésus dit aussi, quelques heures avant, ce même soir du Jeudi Saint :

En vérité, en vérité, je vous le dis,
    vous pleurerez et vous vous lamenterez,
    et le monde se réjouira ;
    vous serez tristes,
    mais votre tristesse se changera en joie.
La femme, sur le point d'accoucher, s'attriste
    parce que son heure est venue ;
    mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne
      se souvient plus des douleurs,
    dans la joie qu'un homme soit venu au monde.
Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ;
    mais je vous verrai de nouveau et votre coeur sera
      dans la joie,
    et votre joie, nul ne vous l'enlèvera. (Jn 16, 20-22)


Il faut bien comprendre les paroles de notre Saint Père comme des paroles de réconfort et d’encouragement, et non des paroles de reproches, non des paroles moralisatrices, qui auraient de quoi désespérer ceux des chrétiens qui sont actuellement écrasés par l’épreuve.


Saint Dominique adorant la Crucifixion, de Fra Angelico, 1441 ou 1442La vie de Jésus forme un tout, dont on ne peut pas garder uniquement la Résurrection. Un chrétien qui chemine vraiment avec Jésus passera dans sa vie, souvent à plusieurs reprises, par toutes les étapes, des mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux…
Saint Dominique, qui a su transmettre la joie du Christ à tant d’être humains, passait ses nuits à pleurer en disant : « Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? ».

Il est une tristesse semblable à celle de Jésus qui pleure sur Jérusalem, tristesse éprouvée par tant de prophètes dans la Bible. C’est la tristesse de Jésus le soir de l’Agonie, où la tradition de l’Église nous dit que Jésus est accablé par le poids de tous les péchés du monde, passés, présents et à venir, où Il sent avec violence les conséquences des ruptures des hommes avec Dieu.

Il y a la tristesse confiante du pécheur, qui a pris conscience du mal qu’il a fait mais qui sait que sa relation avec Dieu n’est pas brisée : « La tristesse selon Dieu produit en effet un repentir salutaire qu'on ne regrette pas ; la tristesse du monde, elle, produit la mort. » 2Co 7, 10

Il y a la tristesse désespérée du pécheur à qui les autres chrétiens oublient de faire miséricorde :

Que si quelqu'un a causé de la tristesse, ce n'est pas à moi qu'il en a causé ; c'est, dans une certaine mesure (n'exagérons rien), à vous tous. C'est assez pour cet homme-là du châtiment infligé par la majorité, en sorte qu'il vaut mieux au contraire lui pardonner et l'encourager, de peur que cet homme-là ne vienne à sombrer dans une tristesse excessive. C'est pourquoi je vous exhorte à faire prévaloir envers lui la charité. (2Co, 5-8)


Il y a aussi la tristesse du Vendredi Saint :

Quand il fut la sixième heure, l'obscurité se fit sur la terre entière jusqu'à la neuvième heure. Et à la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : « Elôï, Elôï, lema sabachthani », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Certains des assistants disaient en l'entendant : « Voilà qu'il appelle Élie ! » Quelqu'un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui donnait à boire en disant : « Laissez ! que nous voyions si Élie va venir le descendre ! » Or Jésus, jetant un grand cri, expira. (Mc 15, 33-37)


C’est aussi la tristesse de Job, l’homme juste, écrasé par la souffrance, et encore éprouvé par les leçons de morale de ses amis qui prétendaient qu’un innocent ne pouvait pas souffrir…
Combien de chrétiens se sentent abandonnés par Dieu dans l’épreuve, tellement tout semble noir, sans qu’ils aient rien fait pour provoquer leur propre malheur ? Beaucoup de ces chrétiens, s’ils ne se sentent plus aimés de Dieu (alors qu’ils le sont), continuent d’aimer profondément leur Dieu et de le chercher dans la douleur et l’obscurité.


Quand Jésus nous dit : « Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l'enlèvera. », cela ne veut pas dire que cette joie donnée par Jésus sera ressentie en permanence.
Sainte Thérèse de Lisieux disait que pour elle le Soleil était caché derrière les nuages, et qu’elle s’accrochait à la certitude que le Soleil était toujours là, même si elle ne le voyait plus. Dans notre vie spirituelle, nous vivons des nuits spirituelles, et des évènements qui nous font perdre le sentiment de la vue de Dieu. Mais Lui nous garde toujours sous son regard.

C’est Lui qui garde notre joie, pour qu’elle puisse reprendre possession de notre cœur, au cœur de l'épreuve ou une fois l’épreuve passée. Cette joie n’a jamais été anéantie mais elle était cachée, car cette joie vient de la présence de Jésus avec nous, toujours. C’est dans ce sens-là qu’« un chrétien ne peut jamais être triste. »

 

 

Job, tableau du peintre Léon Bonnat, 1880
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Commentaires

C'est vrai ça Catherine. Ah cette joie intérieure qui ne vient pas de nous mais de Jésus. Je sais que j'ai cette joie intérieure. Mon plus beau cadeau que Jésus m'ai fait, c'est celle-ci et le sourire tjs aux lèvres. Et même si ma souffrance physique est là tous les jours, je sais que la joie intérieure, rien ne pourra me l'enlever !

Seigneur merci pour ce don précieux que j'ai reçu, mais ce soir, j'ai envie de te demander un autre cadeau : donne moi, d'être encore plus en relation avec toi et de me savoir aimée de toi, de le sentir plus que je ne peux le sentir. Car, je viens de découvrir depuis quelques jours, que cela me manque dans mon for intérieur.

Et merci, pour Philippe, qui est venu me visiter cet après midi, un ami de Facebook qui fait partit de la Communauté de l'Emmanuel. Nous nous connaissions que derrière un écran, mais maintenant nous nous connaissons pour de vrai. Merci, car j'ai vu Jésus en lui.

Amen

Portrait de Cat-modératrice

C'est formidable ! J'espère que nous pourrons aussi passer bientôt de l'écran au réel !

Coucou petite Catherine, smiley

Ah oui, je vais me réjouir quand nous passerons du derrière de l'écran à la réalité.

Mains il ne faut pas se décourager, il habite Tours à 6 km de chez moi et cela faisait 6 mois que nous devions nous voir et impossible, à chaque fois il y avait un truc. Et aujourd'hui, c'est fait !

J'aimerai me réconcilier aussi avec des amis que j'ai blessé énormément il y a trois ans, que j'ai connu au départ par internet et puis nous sommes devenus amis en réalité. Mais même devant mes pardons, ils n'ont jamais voulu me revoir. Pourtant, ils sont catholiques pratiquants. Ils prennent de mes nouvelles par l'intermédiaire de mon père spirituel. Il y a 4 ans, j'avai passé Paques chez eux à Strasbourg.

Ah Seigneur, si tu savais comme je les aime et ils me manque !

Portrait de Cat-modératrice

Lorsque j'étais en 2e année de fac, il y a trèèèèèèès longtemps, à Grenoble, je fréquentais le groupe de prière de l'Emmanuel.

C'était une période très difficile pour moi, j'étais très seule et je pleurais beaucoup, entre autres parce que mon cheminement spirituel m'avait permis de prendre conscience du vide de ma vie jusque là (vide non pas dû au péché mais à la solitude).

La prière commune au groupe de prière me faisait beaucoup de bien, mais c'était très dur pour moi que personne jamais ne vienne vers moi, alors que j'étais très timide et je restais dans mon coin. Tous les merdredis soir j'allais à la messe où je retrouvais un certain nombre de membres du groupe, ils allaient ensuite manger tous ensemble au MacDo, et ils ne me proposaient jamais de venir avec eux. Chaque mercredi c'était un coup de poignard dans mon cœur.

À chaque réunion de prière, je pleurais pendant la prière et personne ne s'en apercevais, et s'ils s'en apercevaient ils ne réagissaient pas.

Je n'oublierai jamais un soir, où je pleurais plus que d'habitude, des sanglots silencieux, et un jeune a donné un témoignage. Il était enthousiaste de la parole d'un prêtre qui avait dit « Un chrétien triste, c'est un triste crétin ». Je me suis particulièrement sentie rejetée et méprisée. Même s'il n'avait pas vu que je pleurais, justement c'était un peu le problème, personne ne s'intéressait à moi.

Une seule fois j'avais pris la parole au moment des échanges entre jeunes, en dépassant la timidité. Je leur avais dit que je n'étais pas bien, et quelqu'un m'avait dit « tu devrais te confesser, ça te fera du bien », puis ils étaient passé à autre chose. Personne ne m'a demandé ce qui n'allait pas. Alors que je me confessais une fois par mois.

Il faut faire très attention quand on parle de la joie des chrétien. Ce n'est pas forcément une joie ressentie, on peut être écrasé par l'épreuve à certaines période, et envahis par la tristesse, tout en aimant Jésus plus que tout. Ceux qui disent que les chrétiens tristes sont fautifs, ce sont souvent les chrétiens qui n'ont jamais vécu de vraies épreuves. Ils pensent en avoir vécu mais ne savent pas ce que c'est qu'une souffrance qui s'apparente à l'enfer.

Jésus a pleuré plusieurs fois, Il a connu la tristesse. Dire qu'un chrétien triste est un « triste crétin », à mes yeux c'est un blasphème. C'est pourquoi j'ai éprouvé le besoin de donner une interprétation des paroles du pape François, en accord avec ses intentions je pense, qui nous aide à éviter de juger les personnes écrasées par une tristesse dont ils ne sont pas coupables.

Ce message me parle.Je suis nouvellemnt inscrite; Et je fais partie de ma paroisse actuelle depuis 9 ans.

Je suis une maman seule avec mes deux enfants, j'ai souvent pleuré à la messe, de désarroi, désespoir, solitude, tristesse de passer souvent mes week-ends entiers sans parler à un seul adulte.

Jamais personne, même un prêtre, n'a semblé s'en rendre compte et n'est venu vers moi.

Il est vrai que j'essayais de cacher mes larmes, mais je pense sincèrement que mon visage reflétait ma détresse et ma profonde solitude.

 

Etre chrétien, pour moi, c'est faire partie d'une famille.

Je n'ai pas de famille. Mes enfants et moi sommes seuls.

 

Et jamais on ne nous a accueillis dans cette famille.

 

Portrait de Cat-modératrice

Bonjour Myriam,

Je suis triste de lire votre message, j'imagine votre souffrance... Non, en fait je ne peux pas imaginer ce que c'est que vivre cela en élevant deux enfants toute seule...

Si vous voulez, il y a une discussion sur le site qui a été lancée sur le manque de fraternité dont souffrent certains chrétiens dans l'Église : http://www.annoncescatho.com/questions/fraternit%C3%A9

N'hésitez pas à y donner votre témoignage. Peut-être pourrez-vous aussi y faire connaissance d'autres membres du site qui sont en Ile de France et qui souffrent aussi de se sentir mal accueillis dans leur paroisse.

Malheureusement, les personnes qui n'ont jamais vraiment connu la souffrance sont souvent désemparées face à une personne qui souffre vraiment, et ne savent pas comment l'approcher. Ceux qui n'ont jamais souffert on souvent peur de ceux qui souffrent...

J'espère que vous trouverez fraternité et réconfort sur ce site. Si vous le souhaitez vous pouvez aussi vous joindre à notre groupe de prière par Skype, qui est surtout composé de personnes ayant souffert comme vous.

C'est très gentil à vous

J'ai fait une longue réponse à Evangéline qui était pour vous deux si j'y songe, et je vais aller voir là ou vous me le conseillez, merci beaucoup, j'ai grand espoir en notre nouveau pape pour nous aider tous dans nos vies au quotidien.

Il me fait déjà du bien, moi, personnellement, tant il semble bon et aimant.

Bonjour Myriam,

Je suis très touchée par votre témoignage. C'est vrai que l'Eglise n'est pas tjs facile pour s'y intégrer. Mais, je pense qu'il faut sortir un peu de soi même, pour pouvoir approcher les personnes. Aller vers eux, avoir un sourire.

Pourquoi n'avez vous jamais demandé de rencontrer le prêtre de votre paroisse. Demandez lui un rendez vous et parler peut être de ce que vous ressentez auprès de votre paroisse.

Pour moi, je n'ai pas de soucis pour aller vers l'autre, je suis très ouverte et j'ai la relation facile, mais par contre, il est vrai qu'après avoir parlé avec les gens dans l'Eglise, après la messe, je n'ai que rarement des nouvelles après par tél ou alors de se voir en dehors de la paroisse.

Mais à ce jour, je me dis qu'on ne peut pas plaire à tous et alors, j'essaie de me dire de regarder ceux et celles qui font l'effort de venir me voir ou qui m'invitent chez eux pour simplement un petit thé ou autre et pouvoir partager nos joies et nos peines.

Dommage que nous habitions loin l'une de l'autre, car je vous aurai invité à prendre un petit goûter, j'aime inviter.

 

Vous pouvez m'écrire sur le site, si cela vous dit et oui, comme le dit Catherine, pourquoi ne pas venir prier avec nous par Skype le jeudi soir ! Vous allez voir, c'est super sympa.

 

Bon courage et udp

Merci Evangéline.

Je suis très sociable vous savez.

Je suis manager dans la communication et suis d'un naturel avenant, joyeux et dynamique.

Je fais plus pour mes enfants au niveau accompagnement éducatif et activités que beaucoup de mes connaissances en couple pour les leurs!

 

Je pense cependant qu'à l'église, surtout dans mon milieu, il faut avoir la "carte" comme je dis, pour certaines personnes. Et je n'ai  pas la carte!

Si je suis triste à la messe, c'est parce que souvent , ça peut paraitre idiot, mais je sens Jésus près de moi, je le sens qui m'aime, et ça me fait du bien, alors j'enlève alors mon amure de mercenaire, de maman courage, et je me laisse complètement aller, intérieurement du moins.

J'ai parlé au curé de ma paroisse au début , je me suis confessée auprès de lui parce que j'avais des idées suicidaires, et une maman de l'école à qui je m'étais confiée un matin esseulée, m'a accompagné le voir.

Mais voilà, il n'était pas très chaleureux, j'étais une jezabel, et puis il est parti ailleurs.

Mais j'aime la messe, j'aime Dieu, Jésus et Marie. Jésus m'a aidé dans mes grands moments de solitude, et je suis contente d'avoir eu enfant cette éducation catholique qui fut pour moi maintes fois une bouée de sauvetage alors que je voyais autour de moi des gens qui vivaient des choses bien moins dures et sombraient dans l'alcool ou les médicaments.

 

Pour cela je remercie Dieu chaque jour et comme je veux que mes enfants aient cette chance aussi, je leur donne cette éducation si importante à mes yeux en leur disant que Jésus sera toujours près d'eux et les aimera toujours. Et puis c'est très important pour moi qu'ils deviennent des personnes BIEN et notre religion, si on la pratique de son mieux, nous y aide.

Alors oui, quand je vois les gens retourner à leur indifférence au sortir de la messe, parfois, je me demande ce qu'ils ont saisi de ce qui s'y est dit, y compris parfois les servants eux-même.

Mais je garde espoir en la vie et en l'âme humaine. Parce que je suis quelqu'un d'optimiste.

L'église, je n'ai pas à m'y "intégrer", je la vis depuis que je suis née, je 'nai jamais rien connu ni voulu d'autre, et si elle a honte de moi, je suis là quand même.

 

C'est beau ce que vous dites ! Je vais prier pour vous et priez pour moi, j'en ai besoin, je vais être hospitalisée du 22 au 26 avril avec trois jours de jeûne complet, car c'est pour passer des tests pour des hypoglycémies à répétition en ayant aucun diabète. Et ça m'angoisse. Bon, je me dis, ce sera un petit carême...

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