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France, fille aînée de l’Église

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Le 1er juin 1980, dans son homélie du Bourget, le pape Jean‑Paul II a utilisé ce titre qui semblait oublié depuis bien longtemps : « La France : la Fille aînée de l’Église ! Aujourd’hui, dans la capitale de l’histoire de votre nation, je voudrais répéter ces paroles qui constituent votre titre de fierté : Fille aînée de l’Église. » Ce titre fut d’abord appliqué au roi de France, désigné comme fils aîné de l’Église, puis par extension à la France elle-même.

 

Ce titre pour le moins inhabituel à nos oreilles modernes, Jean-Paul II l’a justifié par la longue histoire de la sainteté en France. Il mentionna d’abord saint Irénée, évêque de Lyon dès le IIe siècle. Puis, parlant de l’histoire du Salut, il dit :

« Un très grand chapitre de cette histoire a été inscrit dans l’histoire de votre patrie, par les fils et les filles de votre nation. Il serait difficile de les nommer tous, mais j’évoquerai au moins ceux qui ont exercé la plus grande influence dans ma vie :

- Jeanne d’Arc
- François de Sales
- Vincent de Paul
- Louis-Marie Grignion de Montfort
- Jean-Marie Vianney, Bernadette de Lourdes
- Thérèse de Lisieux
- Sœur Élisabeth de la Trinité
- Le Père de Foucauld

et tous les autres, et tant d'autres ! Ils sont tellement présents dans la vie de toute l’Église, tellement influents par la lumière et la puissance de l’Esprit Saint ! »

Chacun de nous, français ou non, croyant ou non croyant, ne peut que reconnaître que la France fut, avant même qu’elle s’appelle France, une terre extraordinairement réceptive et féconde pour la Foi chrétienne, depuis plus de 1500 ans. Il semble que, en accord avec l’homélie de Jean-Paul II, la Providence ait voulu que la France soit une nation qui ait une place toute particulière dans la réalité surnaturelle qu’est l’Église, Épouse du Christ.

Au tournant de l’an 500, la population de la Gaule est déjà majoritairement chrétienne. C’est le moment où le roi Clovis, sous l’influence de son épouse et de ses conseillers, se fait baptiser dans la Foi catholique. En faisant cela, il se distingue de la plupart des autres souverains d’Europe, acquis à l’hérésie arienne.

La France, jusqu’à une période récente, a toujours manifesté un zèle étonnant pour la cause de l’Évangile. Les chrétiens de France n’ont eu de cesse de rendre gloire à Dieu de toutes leurs forces, de tout leur esprit et de toute leur âme.

1.           Le monachisme

Dès le IIIe siècle, saint Martin fonde le monastère de Marmoutier. Un peu avant l’an mille, l'ordre de Cluny couvre l’Europe entière, concentrant ce qui reste de culture, spécialement les classiques grecs et latins. Au XIIème siècle, saint Bernard fonde l’ordre cistercien, qui lui aussi va connaître un rayonnement extraordinaire.

2.           La spiritualité

À plusieurs périodes, de grandes figures françaises influencent la spiritualité de toute la Chrétienté. Durant le « Grand Siècle des âmes » (XVIIème siècle), les cercles et les saints français sont au centre de l’attention de l’Europe catholique. À cette époque, la France accueille à bras ouverts le Carmel réformé et les Jésuites. Ces ordres connaîtront en France un développement extraordinaire.

3.           La pierre

La France s’est couverte d’églises dès l’époque carolingienne (vers 800). Le moine français Raoul Glaber écrit au tournant de l’an mille : « C’était comme si le monde entier se libérait, rejetant le poids du passé et se revêtait d’un blanc manteau d’églises. » Les innombrables églises romanes accueillent des quantités impressionnantes de visiteurs. Les cathédrales gothiques françaises sont toujours célèbres dans le monde entier. Notre-Dame de Paris accueille 100 000 personnes par jour. Le sublime joyau de Chartres a été construit en 30 ans par la foi et le travail des habitants d’une ville de taille très modeste. Aujourd’hui, nous comptons environ 60 000 églises sur tout le territoire, un maillage exceptionnel.

4.           La protection de la nation française

Au moment où la France risquait de disparaître comme pays indépendant, pendant la Guerre de Cent Ans, une bergère de 17 ans convainc le faible roi Charles de lui confier son armée pour libérer la France de l’ennemi anglais. En 1429, un an plus tard, Charles VII est sacré Roi de France à Reims. Dès lors, les anglais reculeront partout jusqu’à la libération complète du territoire français. Toute la population de l’époque crie au miracle, et à une attention toute spécifique de Dieu pour la France, gravement menacée de disparaître définitivement, absorbée par la couronne anglaise. Dans les années 1920, l’Église catholique, comme la très anticléricale troisième République française, reconnaîtront Jeanne d’Arc comme la figure la plus pure de la Foi (pour l’Église) et du patriotisme (pour la République). Les écoles publiques Jeanne d’Arc sont toujours nombreuses en France aujourd’hui.

En 1948, à l’Île-Bouchard (Touraine), la Vierge Marie demande à quatre enfants de « prier pour la France qui en a grand besoin ». Des grêves insurrectionnelles, qui auraient pu basculer en coup d'État communiste, cessent à la surprise générale.

5.           L’influence intellectuelle

Au XIIIème siècle, c’est la France qui est le centre intellectuel de la Chrétienté. L’Université de Paris (la Sorbonne) domine toutes les autres. Tous les autres grands centres sont également en France. Les écoles jésuites françaises ont formé des légions de jeunes chrétiens, dont beaucoup sont devenus des dirigeants soucieux de cohérence entre leur foi catholique et leur vie tant professionnelle que familiale. Encore aujourd’hui, les Instituts catholiques et les séminaires français accueillent des séminaristes, prêtres, religieux et étudiants laïcs du monde entier.

6.           La résistance à la Réforme et à la Révolution

La Réforme luthérienne ou calviniste est toujours restée fortement minoritaire en France, alors que de nombreuses régions ont subi de fortes pressions politiques pour se convertir à la Réforme.

Sous la Révolution, des milliers de prêtres, religieux et laïcs ont préféré mourir martyrs plutôt que de renoncer à la Foi catholique.

7.           Les hôpitaux et les écoles catholiques

En France, les premiers hôpitaux et structures d’éducation sont religieux. Saint Vincent de Paul est une figure mondiale de la charité chrétienne, au point que Voltaire a dit : « Mon saint, c’est Vincent de Paul. » Les fameuses sœurs de saint Vincent de Paul, avec leurs énormes cornettes, ont laissé une trace si vive qu’on les voit encore dans les films de Louis de Funès. Au XIXème siècle, la France est littéralement couverte d’hôtels-Dieu1 et d’école chrétiennes.

8.           Les missions lointaines

Pendant la fin de ce même siècle, l’essor des missions lointaines dépasse en France tout l’effort réuni des autres pays chrétiens. Plus de la moitié des missionnaires dans le monde sont français. Une moisson de martyrs est récoltée, au Vietnam, en Corée et dans d’autres pays d’Asie. L’Afrique est labourée par la Parole de Dieu prêchée par des missionnaires français. Presque chaque famille catholique française souhaite voir un de ses fils devenir missionnaire, alors que la mission signifie toujours un départ définitif et souvent la mort, parfois durant le voyage ou dès les premiers mois sur place.

9.           Les apparitions

La France a été favorisée de nombreuses apparitions reconnues à des degrés divers :

Lourdes (1858), La Chapelle de la Rue du Bac (1830), Paray-le-Monial (1673), La Salette (1846), Cotignac (1519 et 1660), Auray (1623), Notre-Dame du Laus (1664), l’Île-Bouchard (1948), Pontmain (1871), Pellevoisin (1876), Notre-Dame de Garaison (1515)…

L’on voit ainsi que la France est visitée d’une manière exceptionnelle par le Ciel, comme si la Providence voulait montrer à quel point la France compte dans le plan de Dieu.

 

Cette liste ne constitue que l’illustration la plus visible de l’immense aspiration du peuple de France vers Dieu au cours des siècles. La mode de la repentance ne saurait nous faire oublier combien nous sommes redevables à nos prédécesseurs pour les trésors de grâce et de charité qu’ils nous ont légué. Jean-Paul II a dit que ce titre de Fille aînée de l’Église est notre « titre de fierté ». Ce titre n’est évidemment pas une couronne de lauriers sur laquelle nous pourrions nous reposer. Nous savons tous que depuis les années 50, le nombre de chrétiens en France se réduit fortement. Notre attachement au Christ et à l’Église doit d’autant plus se renforcer. Dieu nous promet que nous ne sommes pas abandonnés, l’Église continue de regarder la France avec une attention particulière. Reprenons courageusement l’injonction du Seigneur reprise par Jean-Paul II lors du Grand Jubilé de l’an 2000 : « Avance au large ! »

 

1Les hôtels-Dieu sont des hôpitaux tenus par des religieux ou religieuses.

 
 
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